Le sens du ‘’Mougneul’’

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‘’Mougneul’’ dans le regard O combien vieux de la Badiène, témoin des affres de l’existence, témoin de tout ce symbole si propre à notre culture, tu voies la vie, qu’elle a porté, sur ses épaules, pendant des décennies…Sur son trône de grande royale, elle pense, se remémore, et ses paroles, fruits d’une sagesse construite par sa si longue expérience insufflent de la force à toi la jeune dame. Tu en as pourtant connu des crises, tu as connu la joie des premiers instants, et l’amertume des autres jours. Tu as connu le gout salé des larmes sur ce drap froid, témoin de l’absence du père de tes enfants. La froideur des draps n’était rien, face à la froideur de l’être que tu chéries tant, l’objet de ton profond amour. Tu en as connu des peines, quand, passé le miel des premiers mois, des premières années, la routine s’était installée. Quand il ne te regardait plus comme il le faisait durant ces belles randonnées, quand il cherchait encore à te voler ton cœur. Il ne t’appelait plus au téléphone, quand il s’éloignait du foyer, comme il le faisait avant, quand, jadis, il te disait que le son de ta voix était la plus douce des musiques…Il t’a épousé, t’a ‘’honorée’’, et le temps, traitre, a eu raison de la passion des premiers regards, premiers baisers…Et tu as accepté, avec le temps, cette nouvelle personnalité; Ce nouvel homme, que tu aimes toujours autant, sinon plus. Le petit garçon est né…La première flèche. Car le mariage n’était-il pas cette guerre dont chaque enfant représentait un coup d’épée à la femme ? Un coup, puis deux, trois, quatre…tu es tombée à terre, as rendu les armes, et t’es rendue…à l’évidence. Tu le devais, pour tes enfants. Lentement, ce foyer a construit autour de toi un mur infranchissable. Un mur fait de tellement de choses…Des choses les unes plus fortes que les autres…
La société, qui ‘’t’ordonne’’ de ‘’rester’’, malgré tout, parce qu‘’aucun ménage n’est heureux’’. Elle argue que tu as tes enfants, te demande : ‘’qu’est qu’ils vont devenir ? Elle te dit que si tu abandonnes parce que tu laves des draps remplis d’urine, tu te retrouveras à laver des draps remplis de déchets. Elle t’oblige à courber l’échine, toujours, à fermer les yeux, à accepter ce rôle de martyr que toutes les dames, assises sur leur trône de grande Royale aujourd’hui, ont elles aussi accepté de jouer. Elle se demande de quoi tu te plains. Toi dont l’époux est le plus généreux. Toi, à qui il a tout donné. Toi dont il s’occupe si bien. Et même, si ton homme ne remplissait aucun de ses rôles, la société te dit qu’en réalité, tu es chanceuse d’être ‘’mariée’’ : elle te dit que l’’a beauté d’une femme, c’est le mariage’’. En fait, elle te dit tellement de choses qu’en fin de compte, tu renonces à hurler de rage pour lui faire comprendre que TOI AUSSI, tu comptes. Que cette place de grande royale, tu la veux bien, mais pas au prix de tous ces coups plus durs les uns que les autres. Pas au prix de TOUTES les humiliations. Tu veux lui hurler que TOI AUSSI tu as des droits, et que lui AUSSI, a des devoirs. Tu as envie de la prendre par les épaules, cette société, et la secouer très fort en lui hurlant ‘’pourquoi es tu amnésique ?’’. Pourquoi l’oublies-tu si souvent, LUI. Que le plus important, ce n’est pas cet argent dont il se targue, ni ces bijoux, mais que tout ce dont tu as besoin, c’est de RESPECT et d’un amour manifeste. Tu as envie de lui hurler que tu n’es pas ce dos d’âne sur lequel il peut passer et repasser, que tu es as assez qu’eux tous, te considèrent comme une ‘’côtelette’’ et te comparent à une mamelle : ‘’ni ween bi seuguèè la khel bi seuggè’’ : tu es la créature imparfaite au caractère et à l’esprit très imparfaits…Tu as envie de lui hurler que tu as juste envie qu’il sache que tu es une femme, qui a juste envie qu’on lui prenne la main et qu’on l’embrasse, et que les lettres T E N D R E S S E ‘’tendresse’’ soit inscrites sur tous les murs de ce foyer que tu essaies tant bien que mal de garder chaleureux et solide sur les frêles épaules qui pourtant peuvent porter le monde. Ces murs que tes bras, engourdis, mais résolument forts, soutiennent, encore et encore, au prix de sacrifices et de souffrances bien souvent inavouables.
Tes poignés sont emprisonnées par des chaines, tes mains sont liées. Tu les regardes : cette bague à ton annulaire, tout un symbole…Auras tu le courage de l’enlever ? Non, en fait, tu as peur. La peur, cette chaine, parmi les chaines. Tu as peur, de l’inconnu. Comment feras tu pour vivre sans lui ? Changer tes habitudes, supporter le regard de cette société coupable de toutes les contraintes , qui es là, en haut, avec ses grands yeux à te regarder, à t’épier? Tu soupires, et tu regardes nouveau tes poignets, voies une chaine, encore plus grosse, plus lourde : ta progéniture…
Ah ces enfants ! Tes larmes coulent. Oui, la société a bien raison, tu n’as pas idée de la souffrance qui les attend, là, au seuil de ce foyer, quand tu décideras de le franchir. Tes amis de parents divorcés te le diront. Ah, comment ils ont souffert de la séparation de leurs parents ! Voudrais-tu leur infliger cela ? Baisser les bras et laisser ce foyer, qui repose sur eux, tomber lourdement, et se briser en mille morceaux ? Leur infliger une nouvelle vie, qu’ils n’ont ni voulu ni demandé. Leur imposer une nouvelle page qui restera à jamais noire dans leur cœur et dans leur esprit et qui définira ce qu’ils seront demain…Car les enfants n’oublient pas, ils n’oublient jamais. Et tes larmes coulent. Pourquoi toi ? Et pourquoi toi ? Pourquoi la société t’a t-elle attribué ce rôle si ingrat ? Et lui, dans tout ça ? as-tu envie de crier. Non, tu ne hurleras pas, ta force te quitte. Tu te contenteras de crier que si vous en êtes arrivés là, tu n’en es aucunement responsable, et que son égoïsme a eu raison de ton épanouissement et de ton accomplissement. Tu regardes tes enfants, qui vénèrent papa, et tu pleures, encore, et encore. Ta force te quitte. Et tu penses à l’amour que tu portes à tes tout-petits. Non, les voir souffrir de l’absence d’un père t’es intolérable…Et l’idée de souffrir de ton absence t’es intolérable, car tu l’aimes…
Et là. Tu regardes encore tes poignets. La plus grosse, la plus lourde chaine pèse si fort que tu en hurles de douleur. Cette chaine, c’est l’Amour. L’Amour que tu lui portes. Eh oui, cet Amour indéniable que lui voues, cet Amour si profond, loin de la passion des premiers instants, mais tellement plus intense… Tu réalises qu’il est devenu une partie de toi. Que tu l’aimes à en mourir, et que tu donnerais tous les trésors du ciel et de la terre pour qu’il soit à toi, à jamais. Lui, si diffèrent, c’est vrai, si imparfait, c’est vrai ; néanmoins, il reste celui que ton cœur a choisi, et que le Créateur a choisi, le père de tes enfants…malgré tous ses défauts. Tu réalises que tu ‘’l’as dans la peau’’. Tu l’aimes, un point c’est tout…Et là, tu pleures, en silence. Ta force t’a quitté. Et aucun mot ne peut faire le poids face à l’amour…tu es impuissante face à cette douleur que t’inflige ton amour, cet ‘’amour cruel’’. Tu souffres autant que tu l’aimes. Et là, le ‘’mougneul’’ de ta Badiène prend tout son sens. En réalité, tu t’accroches encore à cette phrase magique, car elle ne peut, en aucun cas, exister, ni avoir du sens, sans l’amour que tu lui portes, au père de tes enfants, à cet époux dont la société dit ceci ‘’ un mauvais époux vaut mieux qu’un bon petit ami’’.
Tu décides donc de te résigner, de ‘’mougn’’, parce que tu l’aimes, et que tu sais au fond de toi, que quand la coupe sera vraiment pleine, et que ton cœur sera dénué de tout amour pour lui, ou que tu réaliseras que ton ‘’amour’’ propre, et ta dignité sont devenus plus forts que l’amour que tu lu lui portes, alors là, rien ne te retiendra, car un foyer sans amour ni respect, sans partage des valeurs essentielles et de la même vision de l’existence, est comme un arbre austère aux feuilles jaunies, qui portera ses fruits, certes, mais des fruits amers….

Lady Rabia Diallo

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